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Les grandes phases de l'extension urbaine
Les habitations privées du IIe et du Ier s. forment la grande majorité des édifices déliens et, par comparaison avec les autres sites de la Grèce, constituent une des principales originalités archéologiques de Délos.
Toutes les maisons sont groupées en quartiers dont trois seulement sont jusqu'ici partiellement fouillés, ceux dits de Skardhana et du lac (59-66), du stade (79) et du théâtre (117) . Ces quartiers ne semblent pas avoir été spécialisés, ni par la fortune de leurs habitants, les demeures les plus riches voisinant avec les plus simples, ni par leur appartenance ethnique : en dépit du cosmopolitisme de la population, toutes les maisons déliennes sont du même type et, quand, ce qui est exceptionnel, il est possible de déterminer la nationalité des occupants, il apparaît que les demeures de compatriotes sont dispersées en des quartiers différents ; c'est ainsi qu'au début du Ier siècle une maison du Quartier du stade (79), la Maison de l'Hermès (89) et probablement celle dite de Philostrate d'Ascalon (99), étaient également des demeures italiennes.
Les maisons de Délos ont un plan du type habituel dans la Grèce antique : le centre de la demeure est formé d'une cour autour de laquelle sont distribuées les différentes pièces ; la maison tourne le dos à la rue à laquelle elle présente, au moins au rez-de-chaussée, des murs aveugles percés seulement d'une ou plusieurs portes. C'est là un principe général de construction, mais qui admet d'infinies variantes d'application.
La cour centrale ne comporte un péristyle que dans les demeures les plus riches, et même alors le type du péristyle et le nombre de colonnes sont très variables ; les colonnes sont très souvent d'ordre dorique, mais généralement seule la partie supérieure en est canoniquement cannelée ; dans la partie inférieure, elles sont seulement taillées à pans coupés. Deux maisons, celle des Masques (112) et celle du Trident (118), présentent une variante luxueuse appelée par Vitruve péristyle "rhodien".
Les pièces sont disposées de manières très diverses et manquent même parfois sur un des côtés de la maison parce que l'espace faisait défaut. Il est souvent fort difficile d'en préciser l'usage : à leurs dimensions spacieuses et à la richesse de leurs décors, certaines d'entre elles se font reconnaître comme salles de réception (l'une d'elles était généralement plus vaste ; on la nomme œcus maior par opposition à des boudoirs ou salons plus exigus, œci minores). Sur les côtés qui bordent la rue, les maisons comportaient parfois une rangée de pièces indépendantes s'ouvrant vers l'extérieur : il s'agit de locaux à usage commercial ou artisanal ; ces boutiques se rencontrent surtout le long des artères principales comme la Rue du théâtre (120) et la « Rue 5 » (121.1) ou le long du port (122 ; voir aussi les magasins du Monument de granit, 54).
Les maisons comportaient généralement un, et parfois plusieurs étages. La restitution de l'îlot de la Maison des comédiens (59 B), un des ensembles d'ailleurs les plus originaux de Délos, donnera une idée de ce qu'était une maison hellénistique délienne.
Pour la construction de ces maisons on a employé — souvent conjointement — des matériaux variés, fournis généralement par les carrières de l'île : on rencontre le marbre, le granit, le pôros, qui, plus léger, était employé surtout à l'étage. Mais c'est le gneiss qui domine de loin et donne aux murs déliens leur physionomie si particulière : cette roche, comme les schistes, se délite aisément, surtout à Délos, où, à la suite de dislocations, les couches de gneiss ont été traversées de diaclases verticales ; on assemblait ainsi des moellons de toutes formes et de toutes tailles ; l'irrégularité de l'appareil était masquée par un épais revêtement mural en stuc. Le sol des pièces était souvent revêtu de mosaïques, le plus généralement unies mais parfois décorées.
À défaut de fontaines publiques, l'alimentation en eau était assurée par des citernes et par des puits, dont certains, aussi alimentés par les eaux de pluie, favorisaient la recharge de la nappe phréatique.
Ce qui paraît distinguer l'habitation délienne, par rapport à d'autres sites, est un goût généralisé pour le décor, qui a souvent donné son nom à la maison. Il montre le niveau de vie élevé des occupants, déjà perceptible dans les lampes à huile utilisées sans parcimonie, la vaisselle en céramique vernissée, avec ou sans reliefs, ou encore en verre.
Les mosaïques sont présentes en nombre remarquable à Délos, que ce soit au rez-de-chaussée ou à l'étage. Il peut s'agir d'une simple mosaïque de tuileaux (fragments d'amphores), dans les pièces de service, ou en éclats de marbre plus ou moins gros, sur les terrasses ou dans une cour avec citerne. Mais il n'est pas rare, en particulier dans les pièces de réception, d'avoir affaire à un produit de luxe, soit un panneau central réalisé dans une technique plus raffinée, reproduisant un tapis à motifs géométriques, ou carrément un tableau, comme celui qui se trouvait dans l'oecus (salle de réception) de la Maison des Tritons (59 B) et qui a été emporté dès l'Antiquité, alors que nous conservons son voisin, représentant une Tritonesse et un Eros composés dans le style du IVe siècle, suivant une mode archaïsante. Si les tableaux en opus vermiculatum, comme le fameux Dionysos au tigre, constituent une exception, le trompe-l'oeil des tapis en opus tessellatum. présente des variantes intéressantes, jusque dans les tapis de seuil.
Les peintures subsistant à Délos, malgré leur caractère artisanal et leur état assez fragmentaire, constituent une source d’information de rare valeur qui donne une idée de ce qu’était la « civilisation picturale » en Grèce propre, dans un des centres les plus suggestifs du monde hellénistique. Ces peintures datent toutes du IIe et du Ier s. Elles prennent la forme de frises qui ornaient le mur des pièces principales dans les maisons privées les plus soigneusement décorées ; elles s’insèrent donc dans l’ensemble de la décoration murale.
Afin de protéger et d’unifier la maçonnerie, les murs des maisons étaient normalement recouverts d’enduit présentant dans la plupart des cas un décor plus ou moins élaboré. À travers des variantes d’exécution qui peuvent en modifier considérablement l’aspect, la formule décorative en vigueur à Délos est toujours celle de l’imitation d’une construction en grand appareil régulier : un simple jeu d’incisions, tracées dans le mortier frais, peut en délimiter les pseudo-blocs. Mais l’usage de la couleur, en lignes ou en à-plats, et celui du relief conféraient à la structure de cet appareil une plus grande lisibilité. Le décor s’organise en quatre zones, coïncidant avec les hauteurs successives des échafaudages nécessités par la réalisation de l’ensemble. Autonome du point de vue décoratif, chacune de ces zones peut à son tour se subdiviser en plusieurs unités horizontales. C’est dans la zone médiane, à hauteur de regard, que se concentrent les recherches décoratives.
Ce système « structural » de décoration trouve des parallèles ailleurs dans le monde hellénistique, depuis la fin du IVe s. : Macédoine, Athènes, Cnide, Samothrace, Théra, Alexandrie, Palestine, Magnésie du Méandre, Pergame, Priène, Russie méridionale, mais aussi Rome, Sicile, Espagne, Italie. Il apparaît aujourd’hui que les décors les plus anciens de Pompéi et d’Herculanum, traditionnellement connus comme « premier style pompéien », seraient une variante régionale de ce style international qu’on pourrait appeler « style de grand appareil » et dont les maisons déliennes constituent sans doute le corpus le plus riche et le plus représentatif.
En dehors de ce style dit structural grec, car soumis à l'architecture, il faut signaler la découverte dans la Maison de l'épée (59 E) d'une peinture jusqu'à présent unique à Délos, et d'une conception radicalement différente car apparentée au « Second style pompéien », qui veut représenter tout un espace architectural en perspective : dans les tons dominants rose, rouge et vert, une colonnade corin